TJM consultant informatique freelance : quel statut ?
TJM consultant informatique freelance : grille par séniorité et comparatif chiffré micro vs portage pour choisir le bon statut en 2026.
Fixer son TJM consultant informatique freelance et choisir son statut sont les deux décisions qui pèsent le plus sur votre revenu réel, dès la première mission. Un même contrat à 500 euros par jour ne laisse pas la même somme dans la poche selon que vous êtes en micro-entreprise ou en portage salarial. Cet article vous donne une grille de TJM 2026 par séniorité et par spécialité, une méthode pour calculer votre tarif plancher, et surtout un comparatif chiffré du net entre micro et portage sur un cas concret de 5 000 euros HT par mois. Objectif : que vous sachiez, à la fin, combien facturer et sous quel statut vous lancer.
Le TJM, ce n'est pas votre salaire
Le TJM (taux journalier moyen) est le prix hors taxes d'une journée de votre travail facturée au client. C'est un chiffre affiché, brut de tout : il ne dit rien de ce qui vous restera vraiment. Entre le TJM et votre revenu net, il y a les cotisations sociales, l'impôt, les jours non facturés (congés, formation, prospection, intercontrat) et vos frais professionnels.
Deux repères pour ne pas se tromper :
- Vous ne facturez jamais 218 jours par an. Un freelance bien occupé facture entre 180 et 210 jours ; un débutant, souvent 130 à 160 la première année, le temps de remplir son carnet.
- Votre net dépend du statut. À TJM égal, la micro-entreprise laisse plus de cash immédiat, le portage laisse moins mais achète une vraie protection sociale. On chiffre tout cela plus bas.
Grille de TJM 2026 par séniorité
Les fourchettes ci-dessous reflètent le marché français du freelance IT en 2026 (missions en clientèle grand compte ou ETI, en régie). Les TJM sont plus élevés en Île-de-France et sur les missions 100 % à distance à forte technicité, plus bas en région et sur les missions longues.
| Séniorité | Expérience | Fourchette de TJM (HT) |
|---|---|---|
| Junior | 0 à 3 ans | 250 à 400 euros |
| Confirmé | 3 à 7 ans | 400 à 600 euros |
| Senior | 7 à 12 ans | 600 à 800 euros |
| Expert / Architecte | 12 ans et plus | 800 à 1 200 euros |
TJM 2026 par spécialité
À séniorité égale, la spécialité change tout. Les compétences rares et en tension (cloud, data, IA, cybersécurité) se paient nettement mieux que le développement généraliste ou le support.
| Spécialité | TJM confirmé (HT) | TJM senior / expert (HT) |
|---|---|---|
| Support, helpdesk, infogérance | 250 à 380 euros | 400 à 500 euros |
| Développeur front (React, Vue) | 380 à 550 euros | 550 à 700 euros |
| Développeur back / fullstack | 420 à 620 euros | 620 à 800 euros |
| DevOps, SRE, Cloud (AWS, Azure, GCP) | 550 à 750 euros | 750 à 950 euros |
| Data engineer | 500 à 720 euros | 720 à 900 euros |
| Data scientist, ML, IA générative | 600 à 850 euros | 850 à 1 200 euros |
| Cybersécurité (pentest, RSSI de transition) | 650 à 900 euros | 900 à 1 200 euros |
| Chef de projet, PO, PM technique | 450 à 650 euros | 650 à 850 euros |
Ces chiffres sont des ordres de grandeur : votre TJM réel dépend de votre portfolio, de vos références, du secteur du client et de votre capacité à négocier. Pour la méthode complète de positionnement tarifaire, voyez notre guide pour fixer ses prix sans se brader.
Comment calculer votre TJM plancher
Ne partez pas du marché, partez de votre besoin. Le TJM plancher est celui en dessous duquel une mission vous fait perdre de l'argent. La méthode tient en cinq étapes :
- Fixez votre objectif de revenu net annuel (par exemple 40 000 euros).
- Estimez vos jours réellement facturables (par exemple 200, en retirant congés, formation, prospection et intercontrat des 218 jours ouvrés).
- Ajoutez vos frais professionnels annuels (matériel, logiciels, cloud, assurance, comptable, coworking).
- Appliquez le coefficient de charges de votre statut : en micro, vous conservez environ 70 % du chiffre d'affaires avant impôt (divisez donc par 0,70) ; en portage, environ 50 % (divisez par 0,50).
- TJM plancher = (objectif net + frais) x coefficient / jours facturables.
Exemple en micro-entreprise, pour 40 000 euros de net visé, 4 000 euros de frais, 200 jours facturés : (40 000 + 4 000) / 0,70 / 200, soit un TJM plancher d'environ 314 euros. Pour le même objectif en portage : 44 000 / 0,50 / 200, soit environ 440 euros. C'est la première preuve chiffrée que le statut n'est pas un détail administratif : il change votre tarif d'équilibre de plus de 100 euros par jour.
Micro-entreprise ou portage : le vrai match
Ce sont les deux portes d'entrée les plus fréquentes pour se lancer en IT indépendant. Elles ne jouent pas dans la même catégorie.
La micro-entreprise, côté charges
Un consultant informatique relève des BNC (bénéfices non commerciaux, activité libérale). En 2026, ses cotisations sociales URSSAF s'élèvent à 26,1 % du chiffre d'affaires encaissé, plus 0,2 % de contribution à la formation. Ce taux est le résultat d'une réforme progressive (21,1 % avant mi-2024, 23,1 %, puis 24,6 % en 2025) destinée à améliorer les droits à la retraite des indépendants. Attention : ce taux vaut pour les libéraux affiliés au régime général (cas des activités créées depuis 2018), pas à la Cipav.
Points clés à connaître :
- Cotisations calculées sur le chiffre d'affaires, pas sur le bénéfice. Vous payez même sur l'argent qui sert à couvrir vos frais.
- Abattement forfaitaire de 34 % pour l'impôt : vous êtes imposé sur 66 % de votre chiffre d'affaires, sans possibilité de déduire vos charges réelles.
- ACRE la première année : les cotisations sont réduites de 50 % sur les 12 premiers mois, ce qui allège fortement le démarrage.
- Plafond de chiffre d'affaires d'environ 77 700 euros par an (seuil révisé périodiquement). Au-delà, la micro n'est plus possible.
Pour le détail du calcul des cotisations, voyez notre guide sur les cotisations sociales et l'URSSAF.
Le portage salarial, côté charges
En portage, vous restez maître de votre prospection et de votre TJM, mais vous devenez salarié d'une société de portage qui facture le client à votre place. Sur le montant HT facturé, elle prélève des frais de gestion (souvent 5 à 10 %), puis convertit le reste en salaire après cotisations patronales et salariales. Résultat : vous touchez un vrai bulletin de paie, avec les droits qui vont avec.
Le portage impose un TJM minimum : la convention collective fixe un salaire plancher (autour de 70 à 75 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale). En pratique, en dessous d'environ 250 euros de TJM, le portage n'est pas viable.
Exemple chiffré : 5 000 euros HT par mois
Prenons un consultant qui facture 5 000 euros HT par mois, soit 60 000 euros par an, un niveau réaliste pour un profil confirmé. Voici ce qu'il reste, avant impôt sur le revenu, dans chaque statut (frais de gestion portage estimés à 8 %).
| Poste | Micro-entreprise (BNC) | Portage salarial |
|---|---|---|
| Facturé au client (HT) | 5 000 euros | 5 000 euros |
| Frais de gestion | 0 euro | -400 euros |
| Cotisations sociales | -1 315 euros (26,3 % du CA) | -2 074 euros (patronales + salariales) |
| Revenu avant impôt | environ 3 685 euros | environ 2 526 euros |
| Part du HT conservée | environ 74 % | environ 50 % |
Sur ce cas, la micro laisse environ 1 160 euros de plus par mois, soit près de 14 000 euros par an. Mais ce n'est pas de l'argent gratuit : c'est le prix des protections que le portage inclut et que le micro-entrepreneur doit financer lui-même (ou dont il se prive).
Ce que le net ne dit pas
Comparer les deux nets sans regarder ce qu'ils achètent est trompeur. Le salaire net du portage intègre déjà :
- L'assurance chômage : en fin de mission ou d'intercontrat, un salarié porté peut ouvrir des droits à l'ARE. Le micro-entrepreneur, lui, ne cotise pas au chômage (il existe seulement l'ATI, très limitée).
- La retraite du régime général, mieux dotée que celle acquise sur un faible chiffre d'affaires en micro.
- Mutuelle, prévoyance, congés payés provisionnés, inclus dans le contrat de portage.
- La simplicité : pas de comptabilité à tenir, RC professionnelle souvent incluse, bulletins de paie qui facilitent un crédit immobilier ou une location.
Le micro-entrepreneur récupère plus de cash mais doit, s'il veut se protéger, souscrire une mutuelle, une prévoyance et se constituer une épargne de précaution. Pour arbitrer sereinement entre statut indépendant et sécurité du salariat, lisez notre comparatif freelance ou salarié.
Le piège tech : la non-déductibilité des charges en micro
C'est le point que la plupart des fiches statut oublient, et il concerne particulièrement les métiers techniques. En micro-entreprise, aucune charge réelle n'est déductible : ni le chiffre d'affaires ni l'impôt ne tiennent compte de vos dépenses. L'abattement forfaitaire de 34 % est censé les représenter. Pour un consultant à très faibles frais, cet abattement est généreux. Pour un profil tech chargé en outils, il devient un handicap.
Trois situations pénalisent concrètement la tech :
- Les coûts d'infrastructure et de licences. Un data scientist ou un ingénieur cloud peut dépenser 800 à 1 500 euros par mois en serveurs, GPU, environnements cloud (AWS, GCP) et licences logicielles. En micro, ces dépenses sortent de votre poche après cotisations et impôt : elles ne réduisent en rien votre base taxable.
- La sous-traitance. Si vous refacturez une partie d'un projet à un autre freelance, vous payez 26 % de cotisations plus l'impôt sur une somme qui ne fait que transiter par vous. Sur 1 500 euros reversés, ce sont plusieurs centaines d'euros perdus, chaque mois.
- La TVA non récupérable tant que vous êtes en franchise en base (sous environ 37 500 euros de chiffre d'affaires pour les prestations de services). Sur un achat de matériel à 2 000 euros, vous perdez les 400 euros de TVA que vous ne pouvez pas déduire. Au-delà de ce seuil, vous facturez la TVA au client et pouvez alors la récupérer sur vos achats.
Reprenons notre consultant à 5 000 euros HT, mais version data avec 1 000 euros de cloud et licences par mois. En micro, son revenu réellement disponible tombe à environ 3 685 - 1 000 = 2 685 euros, sans aucun allègement fiscal sur ces 1 000 euros. En portage, ces mêmes frais professionnels sont refacturés et sortis de l'assiette imposable, et la TVA est récupérée. La règle simple : plus vos charges techniques sont élevées, moins la micro est adaptée. Dès que vos frais dépassent nettement l'abattement de 34 % ou que vous sous-traitez, le forfait micro travaille contre vous.
La micro-entreprise est excellente pour un consultant à faibles frais qui démarre sous le plafond de chiffre d'affaires. Elle devient punitive pour un profil tech qui investit lourdement en outils, sous-traite, ou vise plus de 77 700 euros par an.
Micro, portage : lequel pour vous ?
Il n'y a pas de bon statut dans l'absolu, seulement un statut adapté à votre situation du moment.
- Choisissez la micro si vous démarrez, avez peu de frais, un chiffre d'affaires modéré (nettement sous 77 700 euros), et souhaitez maximiser votre trésorerie. C'est aussi le statut idéal pour tester une activité en parallèle d'un emploi salarié.
- Choisissez le portage si vous venez du salariat et voulez conserver chômage et retraite du régime général, si vous détestez l'administratif, si vous avez des frais professionnels significatifs à refacturer, ou si vous devez rassurer une banque ou un bailleur avec des bulletins de paie.
Beaucoup de consultants font d'ailleurs les deux dans le temps : micro pour tester le marché et décrocher les premiers contrats, puis bascule vers le portage ou la société une fois le carnet de commandes solide.
Et après ? Passer en société (EURL ou SASU)
Dès que votre chiffre d'affaires approche du plafond micro, ou que vos charges deviennent lourdes, la société devient souvent la structure la plus rentable. En EURL ou en SASU, vous déduisez toutes vos charges réelles, récupérez la TVA, et pilotez votre rémunération entre salaire et dividendes pour optimiser cotisations et impôt.
La SASU (président assimilé salarié) offre une protection sociale proche du salariat mais des cotisations élevées ; l'EURL (gérant travailleur non salarié) coûte moins cher en cotisations mais protège moins. C'est un arbitrage à part entière, détaillé dans notre comparatif micro-entreprise ou société.
À retenir
- Un TJM confirmé se situe le plus souvent entre 400 et 600 euros en 2026, davantage sur les spécialités rares (cloud, data, IA, cyber).
- Calculez votre TJM plancher à partir de votre objectif net, de vos jours facturables et du coefficient de votre statut, pas à partir du marché.
- À 5 000 euros HT par mois, la micro laisse environ 3 685 euros avant impôt, le portage environ 2 526 euros : l'écart paie de vraies protections (chômage, retraite, mutuelle).
- La non-déductibilité des charges pénalise fortement les profils tech chargés en cloud, matériel, licences ou sous-traitance : dans ce cas, portage ou société l'emportent.
Avant d'annoncer votre TJM à un client ou de valider votre statut, entraînez-vous sans risque : sur le simulateur Capstoria, vous testez différents TJM, volumes de jours et statuts, et vous voyez en direct l'impact sur votre trésorerie et votre revenu net. Mieux vaut se tromper dans la simulation que sur votre premier vrai contrat.